Le crédo de Pauline Maisani : « prendre soin des personnels soignants, c’est aussi prendre soin des patients »
Directrice générale du GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences depuis juin 2026, Pauline Maisani dirige 5 600 professionnels engagés au quotidien dans la santé du cerveau et, en particulier, dans la santé mentale. Pour elle, une évidence s’impose : une institution dotée d’une telle mission doit aussi savoir protéger ses propres équipes. Collectif de travail, prévention, accompagnement, management : elle défend une approche globale dans laquelle la santé mentale au travail devient un enjeu de cohérence institutionnelle autant que de qualité de la prise en charge.
Pourquoi la santé mentale au travail est-elle devenue un enjeu à part entière pour le GHU Paris psychiatrie & neurosciences ?
Notre mission est de prendre en charge la santé mentale des Franciliens. Il me paraît donc essentiel que nous sachions appliquer cette même exigence à nos propres professionnels. C’est une forme de symétrie des attentions : prendre soin des collaborateurs, c’est aussi prendre soin des patients. Je suis admirative de nos professionnels, notamment de ceux qui exercent dans les unités d’hospitalisation. Ce sont des métiers difficiles, qui exigent un engagement humain considérable. Un soignant qui se sent reconnu, soutenu et épaulé est aussi mieux disposé à accompagner les patients. Nous agissons donc sur plusieurs fronts : consultation spécialisée sur la souffrance au travail pour les patients, baromètres internes et suivi d’indicateurs, accès à un accompagnement psychologique extérieur, communautés de pratiques entre pairs ou encore dispositifs de débriefing immédiat après des situations difficiles pour nos personnels, mais aussi apport d’expertise en matière de prévention et d’orientation pour les organisations privées . L’enjeu est de ne pas attendre la crise, mais de créer un environnement qui permette de la prévenir et, lorsqu’elle survient, de mieux y répondre.
Dans un secteur confronté à de fortes tensions de recrutement, comment créer des collectifs de travail attractifs ?
L’attractivité ne se résume pas à recruter : il faut aussi donner envie de rester. Nous disposons de peu de leviers sur la rémunération. Il faut donc agir sur ce qui fait la réalité quotidienne du travail : le sens de l’engagement de chacun, la qualité du collectif, l’ambiance de travail, la visibilité et la reconnaissance de la contribution de chacun, les perspectives de mobilité, la circulation de l’information et la capacité des professionnels à participer à la résolution des difficultés qu’ils rencontrent. Dans une organisation de plus de cent sites, cela suppose aussi de lutter contre l’atomisation et de construire une culture commune. Je crois beaucoup à un management plus horizontal, qui investit davantage les équipes et l’encadrement de proximité. Les baromètres nous permettent de « poser des capteurs », d’objectiver les situations puis de construire des plans d’action. Un collectif de travail est un organisme vivant : il faut en prendre soin, accompagner son évolution et regarder en face ce qui doit être amélioré. Vision 2030, notre projet d’établissement, s’en fait largement l’écho et répertorie un certain nombre de leviers comme la lutte contre l’usure professionnelle, l’inclusion et la sécurisation des conditions de travail, ou encore la vigilance portée aux risques psychosociaux.
Le GHU Paris a signé la Charte pour la santé mentale au travail portée par l’Alliance pour la Santé Mentale. Qu’est-ce que cet engagement change concrètement ?
Signer la Charte nous permet d’abord de rassembler et de mettre en perspective des initiatives qui existaient déjà ou étaient en train d’émerger. Mais elle nous amène aussi à aller plus loin : rendre explicites nos engagements, les questionner, et donner une véritable orientation à notre projet social. Il y a également une dimension collective très importante. En mettant en valeur cet engagement, nous créons une dynamique d’entraînement et nous nous rassemblons avec nos partenaires autour d’une ambition commune. Plus largement, je crois que la santé mentale est une clé de la durabilité des organisations. Cela ne signifie pas faire peser sur le travail la responsabilité de tout notre équilibre psychique : la frontière avec la vie personnelle existe, même si elle est poreuse. Cela signifie accepter de prendre les difficultés en considération, de mettre en place les bons capteurs et d’agir dans la durée. Il faut avancer avec humilité, constance et détermination.
Propos recueillis par Joséphine Arrighi de Casanova et Anne Perette-Ficaja